Le bruit de la soie | Sonia VELTON

1768, Londres. Quand Esther Thorel, l’épouse d’un maître soyeux huguenot, sauve Sara Kemp des griffes d’une mère maquerelle, elle pense accomplir la volonté de Dieu. Mais Sara, loin d’être reconnaissante, se lasse bientôt de sa nouvelle vie de domestique au sein de la grande demeure du quartier de Spitalfields, où retentit la cadence des métiers à tisser. La relation des deux femmes se trouble peu à peu, et Sara se met en tête de découvrir ce qui préoccupe Esther. Car la maîtresse de maison a un secret : elle dessine et rêve que son mari, Elias, la laisse créer des motifs pour ses soieries. Lorsque celui-ci balaye ses projets d’un refus moqueur, Esther va involontairement bouleverser le destin du foyer…
Sonia Velton tisse une histoire où l’ambition, l’amour et la trahison se mêlent sur fond de révolte ouvrière et de bouleversements sociaux.

L’autrice plonge son lecteur en plein 18ème siècle. L’immersion est directe, puisqu’on arrive au moment où Sara Kemp, une jeune fille de la campagne, débarque dans la capitale avec en poche un peu d’argent et la recommandation de sa mère pour trouver une maison d’hôte honnête. Mais sa naïveté la font tomber aussitôt sur une dame étrange qui lui embobine le cerveau, l’invite à se réchauffer dans son établissement et finalement, lui confisque ses biens, la drogue et la prostitue. La bonne ambiance !

Plusieurs années s’écoulent avant que Sara ne tombe sur Esther, l’épouse d’un maître de la soie qui, dans un élan charitable, lui offre les moyens de sortir de sa condition de fille de mauvaise vie. A mi-chemin entre la reconnaissance et l’obligation, voilà que Sara se retrouve au service de Madame, en tant que femme de chambre. Dur de cacher son passé sulfureux, d’autant que la maquerelle l’accuse de vol sur un client. Sara doit donc passer inaperçue sous peine de se voir pendue. De son côté, Esther doit faire avec un mari qui lui en veut de ne pas pouvoir enfanter et la laisse de côté.

Voici le contexte dans lequel baignent nos deux personnages principaux. Les chapitres s’alternent entre la voix d’Esther et celle de Sara, montrant leur point de vue, leurs divergences ainsi que leurs peurs et leurs attentes. Outre la vie de deux femmes dont les chemins se croisent sans jamais vraiment s’entremêler, l’autrice met en exergue de nombreux sujets d’époque.

La condition ouvrière est sans doute la plus importante puisqu’elle est présente tout au long du livre. Les ouvriers chargés de tisser la soie sont insatisfaits de leurs conditions de travail qui se dégradent, et surtout de leur rétribution de plus en plus faible à cause de fausse soie produite à bas coût en Orient, puis importée en Europe. On assiste à l’apparition des premières associations, futurs syndicats ouvriers, alors interdits et condamnés par la loi à la pendaison.

Deux femmes en tant que personnages principaux engendre l’évocation de l’émancipation féminine, cruellement inexistante à l’époque. Totalement dévouées à leur époux, dépendantes de leur bon vouloir, les femmes de la bonne société ne sont destinées qu’à gouverner le foyer, de la production d’héritiers à la gestion du personnel de maison. A la rigueur, la seule activité « bien vue » qu’elles peuvent exercer consiste en tout ce qui va toucher à la charité chrétienne. Impensable pour elles d’avoir un métier. Si l’on rajoute à cela un mariage qui part à vaux-l’eau, un mari potentiellement infidèle qui la rabaisse, Esther est semble-t’il dans une impasse dont elle pense n’avoir pas le droit de se plaindre. Mais son caractère va se manifester au cours du livre, d’abord en engageant Sara en connaissant son passé et en le cachant à son époux, et surtout en outrepassant les ordres de son mari qui lui a interdit de créer des motifs de soierie. Pour cela, elle va se former en cachette, notamment grâce à un compagnon de son mari destiné à devenir le prochain grand maître tisserand de Londres. De son côté, Sara doit faire avec un passé qui la hante et un futur pour le moins incertain. Elle apprend à contrecœur un métier qui lui rappelle tous les jours qu’elle sera toujours au service de plus aisés, tout en étant contradictoirement reconnaissante à sa maîtresse.

J’ai beaucoup lu que l’écriture se voulait ressemblante à celle de Tracy Chevalier, en rapprochant notamment l’art de la soierie à celle de la peinture mise en avant dans son œuvre « La jeune fille à la perle ». Je ne suis pas vraiment d’accord, car cette dualité entre Sara et Esther prend pour moi le pas sur l’aspect historique de l’histoire. Les chapitres s’enchainent trop rapidement entre les deux voix, et si cela donne du rythme, cela hache beaucoup trop l’histoire à mon goût pour être équilibré. De plus, il y a certaines maladresse de la part de l’autrice, notamment avec les réactions / pensées des paersonnages, parfois étranges ; peut-être est-ce dû à des passages qui ont finalement été supprimés de la version finale ? Par contre, on apprend des choses notamment sur la manière de transformer un dessin pour pouvoir l’insérer efficacement sur un tissu, et en ce sens, cela se rapproche en effet des livres historiques qui se veulent instructifs.

Je reste un peu sur ma faim avec cette lecture, mais je n’ai pas pour autant passé un mauvais moment.

Ma note : 12/20

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :