Orgueil et préjugés | Jane Austen

Mr et Mrs Bennett ont cinq filles à marier. À l’arrivée d’un nouveau et riche voisin, la famille espère que l’une d’entre elles pourra lui plaire… Au-delà des aventures sentimentales des cinq filles Bennett, Jane Austen dépeint les rigidités de la société anglaise au tournant du XIXe siècle. Le comportement et les réflexions d’Elizabeth Bennett, son personnage principal, révèlent les problèmes auxquels sont confrontées les femmes de la noblesse campagnarde pour s’assurer sécurité financière et statut social : la solution passe en effet par le mariage.

S’attaquer à un intemporel que j’ai lu et relu depuis mon adolescence ? Et oui, les amis ! J’ai pris l’excuse du premier confinement pour replonger une fois encore dans l’Angleterre de la fin des années 1700. Je me suis à nouveau laissée transporter par l’écriture de Jane Austen, étonnamment accessible bien qu’elle ait rédigé son roman il y a plus de 200 ans. Sa traduction, en tous cas, est d’une fluidité sans pareil : descriptions imagées mais pas de longueurs imbuvables, dialogues énergiques, véhémence du personnage principal et intrigue fort bien menée, personnages attachants (ou qu’on adore détester…). Vous l’aurez compris, c’est un sans fautes à mes yeux !

A l’époque, le plus grand but de la vie d’une mère était que ses filles fassent de beaux mariage afin d’assurer leur avenir. C’est en tous cas celui de Mrs Bennett, puisque n’ayant pas eu de fils (et la fortune se léguant de mâle en mâle), la procédure testamentaire obligeait Mr Bennett à tout léguer à un vague neveu, qui a donc par ce biais et maints autres son importance au cours de l’intrigue. Lorsque Mr Bingley, un riche jeune homme gentil et enjoué, loue le domaine voisin accompagné de ses sœurs et de son ami à l’humeur sombre, Mr Darcy, il est loin de se douter que Mrs Bennett mettra toute sa volonté et son imagination pour garantir une alliance entre ces jeunes fortunés et ses deux filles aînées, Jane et Elizabeth. De même, lorsque la milice débarque à Longbourn, elle retourne la tête de toutes les filles Bennett, maman en tête. Elizabeth, à travers qui le lecteur vit l’histoire, regarde avec amusement et détachement ce beau monde et les vaguelettes qu’ils provoquent dans leur microcosme rural. Mr Bingley trouve grâce à ses yeux et surtout à ceux de Jane qui en tombe amoureuse. Par contre, elle ressent une certaine irritation envers Mr Darcy, fier et impoli, avec qui elle aura même tendance à être insolente…

En apparence, Jane Austen a écrit un livre que l’on pourrait, de façon machiste, qualifier « de filles ». En réalité, on s’attache tant et si bien aux personnages que le lecteur finit par s’y identifier, et réfléchir. Alors, oui. On parle d’attachement, de mariage, de fiançailles, de frivolité, mais à bien y regarder, il s’agit de sujets bien plus sérieux, sur fond de tromperie, de mensonges, de manipulations… et étonnamment (oh ?!), d’orgueil et de préjugés.

Commençons par l’orgueil, si vous le voulez bien. « Opinion très avantageuse qu’une personne a de sa propre valeur aux dépens de la considération due à autrui ». On y est. Il est présent dans tout le roman, et ne concerne pas que le personnage de Mr Darcy, même si c’est le premier à qui l’on pense. Fier, voire hautain, l’homme suscite l’animosité d’Elizabeth dès leur première rencontre, en refusant de danser avec elle. En effet, son orgueil lui fait penser que personne dans cette basse campagne ne peux trouver grâce à ses yeux. Il s’en mordra les doigts en découvrant la personnalité d’Elizabeth, au fil du livre. Mais il reste si sûr de lui qu’il ne prend même pas la peine d’envisager un refus à sa demande, et qui se prend un double revers lorsque la vérité lui arrive en pleine figure. Mais Jane Austen prend plaisir à tourner au dérisoire tant d’autres orgueilleux ! Prenons la jeune Lydia, égoïste et superficielle, qui s’enorgueillit de son mariage scandaleux, voilant la honte et la préoccupation qu’elle jette sur tous les membres de son entourage. Je peux aussi sans conteste citer « Sa Seigneurie » Lady Catherine de Bourgh, aristocrate impérieuse qui ne supporte pas la contradiction et qui entend que Elizabeth lui obéisse lorsqu’elle vient odieusement tenter de lui soutirer une promesse intenable. On pourrait même évoquer l’orgueil d’Elizabeth : difficile de ne pas en ressentir à être intelligente, spirituelle et la favorite de son père. C’est une sensation exquise que de voir l’orgueil de ces personnages leur revenir en pleine tête… Après tout, il est impossible de fuir trop longtemps son image dans un miroir.

Et puis, en face, il y a ces préjugés. « Croyances, opinions préconçues souvent imposées par le milieu, l’époque ou le parti pris ». Si l’orgueil nous trompe sur nous-mêmes, les préjugés confondent notre jugement des autres. Ils sont faciles à croire, et il est souvent confortable de s’y cantonner. Mais ils cachent souvent la vraie nature des autres, celle qui mérite d’être découverte, et qui en font des personnes parfois exceptionnelles. Et des préjugés, Elizabeth en est remplie. Sure d’elle-même, elle ne se laisse pas intimider par le rang de son interlocuteur, et prend le risque de refuser deux demandes en mariage malgré la pression de sa mère, qui lui soutient que son manque de beauté, son âge grandissant et son manque de fortune ne vont pas aller en s’arrangeant. Et oui, malgré tout, c’est une grande rêveuse qui ne veut pas d’un mariage de convenances, un « vrai et solide bonheur ». Et c’est lorsqu’elle commence à douter d’elle-même qu’elle découvre la véritable nature du bonheur, se surprenant elle-même.

Mine de rien, il y a de sacrées leçons dans « Orgueil et préjugés », qui n’a rencontré le succès qu’il mérite qu’au 20ème siècle. A la fois critique de la société et analyse psychologique, c’est une œuvre qui reste contemporaine, et qui fait sens aujourd’hui encore. En espérant qu’elle saura vaincre les préjugés de certains et l’orgueil des autres…

Ma note : 20/20

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